« La loi de Tibi », d’après la pièce « Mieux que nos pères » de Jean Verdun :

L’action se situe dans un lieu imaginaire, un de ces « quelque part » où la misère règne, dans un monde, le nôtre sans doute, mais qui reste métaphorique.

Le personnage principal, Tibi – le diseur traditionnel et maître de cérémonie – y enterre les victimes symboliques et réelles de la misère. Il accomplit la relecture des vies qu’il célèbre comme pour transcender la mort.

« Nous sommes au plus profond nous ne risquons plus rien ! », « Nous ferons mieux que nos pères » se promettent Tibi et Mara, en évoquant le souvenir de leurs malheureux pères, victimes consentantes du colonialisme.

Tibi ne ménage personne, et il raconte, se raconte également à travers toutes ces
vies achevées et il espère. Mais il dit aussi «… en humanité tout finit par faire pyramide…», en cela « Mieux que nos pères » n’est pas seulement une pièce sur les ravages de la misère en Afrique car il interpelle sur la mondialisation.
« … spectateurs ou touristes quelle différence, vous venez ici pour entendre et pour voir » !

Tibi excelle dans son art de conteur et les gens se bousculent pour le voir, pour l’entendre et pour réapprendre à pleurer. Son public, ce sont les touristes. Ils viennent nombreux pour assister au plus incroyable des spectacles, celui d’un enterrement « traditionnel » mis en scène avec énergie et malice par Tibi lui-même.
Son public pleure, mais nous rions, car Tibi est un orateur de grand talent, se moquant de lui même et des autres, il nous rappelle que même dans la douleur du grand départ, il est donné à chacun de construire sa propre pyramide. « … mettez vos deux fils au sommet ils feront mieux que vous ».

Tibi a des rêves pour l’humanité, et l’amour en fait partie.

« Plus je lisais le texte, plus il s’inscrivait dans la continuité de ma démarche artistique et de mon engagement humaniste. La pièce parle de l’avoir, du pouvoir et du valoir, de l’avidité, ces fléaux qui étouffent nos sociétés. La pièce parle de l’Homme. On le pleure et on le chante. L’être humain est interrogé symboliquement et se retrouve face à ses propres contradictions. Tibi dit qu’il ne ménage personne et l’homme en ressort grandi, grâce à la vérité dite et l’espoir posé au cœur de l’abject et de la désolation. Voyeurisme, peut-être ? Quelle place pour cet autre si différent et pourtant si proche alors que le profit est érigé en valeur suprême et que la souffrance de l’autre ne toucherait qu’à peine notre propre humanité ? L’économie serait-elle plus forte que la politique, plus forte que la démocratie ? Il ne cherche pas, Tibi, il constate, il raconte, il ironise, il avance, il raisonne, et il livre son expérience. C’est la Loi de Tibi, que les Américains traduiront par Tibi’s Law. Ce texte correspond à l’engagement de la compagnie L’Autre souffle : poser coûte que coûte des ponts entre les êtres. « Enfin et surtout, il m’a conquis par l’écriture de Jean Verdun, son mystère, son rythme et sa poésie toute particulière qui envisage la forme comme une lumière architecturée posée au cœur des mots. »

Jean‐ Michel Martial