La loi de Tibi (2013)

L'action se situe dans un lieu imaginaire, un de ces quelque part où règne la misère, dans un monde, le nôtre sans doute, mais qui reste métaphorique.

Le personnage principal, Tibi - le diseur traditionnel et maître de cérémonie - y enterre les victimes symboliques et réelles de la misère. Il accomplit la relecture des vies qu'il célèbre comme pour transcender la mort.
« Nous sommes au plus profond nous ne risquons plus rien » !

« Nous ferons bien mieux que nos pères » se promettent Tibi et Mara, en évoquant le souvenir de leurs malheureux pères, victimes consentantes du colonialisme.

Il ne ménage personne, Tibi, et il raconte. Il se raconte également à travers toutes ces vies achevées et il espère.
Il dit aussi : «… en humanité tout finit par faire pyramide», en cela « Mieux que nos pères » n’est pas seulement une pièce sur les ravages de la misère en Afrique car il interpelle sur la mondialisation. «…Spectateurs ou touristes, quelle différence, vous venez ici pour entendre et pour voir » !
Tibi excelle dans son art de conteur et les gens se bousculent pour le voir, pour l'entendre et pour réapprendre à pleurer. Son public, ce sont les touristes. Ils viennent nombreux pour assister au plus incroyable des spectacles, celui d'un enterrement "traditionnel" mis en scène avec énergie et malice par Tibi lui-même.

Son public pleure, mais nous rions, car Tibi est un orateur de grand talent, se moquant de lui-même et des autres, il nous rappelle que même dans la douleur du grand départ, il est donné à chacun de construire sa propre pyramide. «Mettez vos fils au sommet ils feront mieux que vous ».

Jean-Michel Martial